Le message des signataires n’est donc pas de freiner toute innovation. Il consiste plutôt à ne pas attendre que ses conséquences deviennent visibles dans les chiffres du chômage ou dans la disparition de certaines professions. L’appel n’est pas dépourvu de paradoxe. Plusieurs de ses signataires travaillent pour OpenAI ou Anthropic, deux entreprises qui accélèrent précisément la diffusion des technologies dont ils redoutent les effets économiques. Ils ne demandent toutefois pas de ralentir leur développement, mais de préparer les règles sociales et économiques capables d’en absorber le choc.
On peut bien sûr utiliser l’IA pour tricher ou se soustraire à un devoir. Mais la multiplication de ses usages dans l’enseignement supérieur – et les bouleversements qu’ils annoncent – posent une question bien plus fondamentale : à mesure que les machines deviennent capables d’assumer une part croissante du travail de recherche et d’apprentissage, que devient l’université ? À quoi sert-elle encore ?
"Dans un livre blanc récent, nous soutenons qu’à mesure que les systèmes d’IA gagnent en autonomie, les enjeux éthiques de leur utilisation dans l’enseignement supérieur s’intensifient – tout comme les conséquences potentielles qui en découlent.
À mesure que ces technologies deviennent plus performantes dans la production de travaux intellectuels – concevoir des cours, rédiger des articles, proposer des protocoles expérimentaux ou résumer des textes complexes – elles ne se contentent pas d’accroître la productivité des universités. Elles risquent aussi de vider de sa substance l’écosystème d’apprentissage et de mentorat sur lequel ces institutions sont fondées – et dont elles dépendent pour exister."