"La colère est un levier puissant pour combattre les injustices et les inégalités dans la société et dans le monde. « Quand ses conditions de vie sont insupportables, par exemple, on a le droit de descendre dans la rue en hurlant sa colère. C’est une colère saine, pour la dignité, pour la restauration de l’estime de soi. Cela ne signifie pas que si on croise quelqu’un qui pense différemment de soi, on va lui casser la figure. Il a le droit de donner son point de vue. On va discuter avec lui. Ce n’est pas pour autant qu’on va taire sa colère ».
Mais une colère légitime peut aussi être l’objet de manipulations, dénonce le psychiatre. Et nourrir la haine de l’autre. C’est ce que font les partis populistes. « Ils disent aux gens : ‘On va vous expliquer pourquoi vous vous sentez incompris, malmenés, méprisés’. Pour le faire, ils choisissent la solution la plus simple qui soit : une cause unique à tout. Et cette cause unique à tout, ce sont les émigrés. Ils poussent les gens à passer d’une colère légitime, d’indignation, de protestation à une colère archaïque, de nouveau-né, de toute-puissance. C’est pour cela que je dis que la régression démocratique est aussi une régression psychique et que la régression psychique est aussi une régression démocratique »."
La colère et le chagrin. D’une émotion intime à sa mobilisation sociale, Serge Tisseron (Albin Michel)